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Nº2226

SEMAINE DU JEUDI 05 Juillet 2007

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Iran
Les émeutes de l'essence


Il y a trois religions majeures pour les Iraniens : l'islam, le football et la voiture. Dans un pays où les deux tiers de la population vivent dans les villes, mais où les transports en commun sont très mal organisés, avoir une voiture et payer l'essence à bas prix est considéré comme un droit naturel inaliénable. C'est pour cela que la décision surprise, le 26 juin, du gouvernement d'Ahmadinejad de rationner l'essence dans cet Iran qui vit sur « un océan de pétrole » a fait l'effet d'une bombe. Emeutes instantanées, stationsservice brûlées, kilomètres de files d'attente devant les pompes. Le plan de rationnement accorde 100 litres d'essence par mois à chaque automobiliste, 800 pour les taxis officiels. Mais c'est sans compter les dizaines de milliers de taxis collectifs clandestins qui assurent
le transport d'une grande partie de la population. Avec seulement 100 litres par mois, ce réseau non officiel va disparaître. Or, avec une inflation qui atteint près de 20 %, il assure aux chauffeurs, qui ont souvent un autre métier, un complément de revenu non négligeable.

C'est le paradoxe iranien : le pays est riche en pétrole mais pauvre en essence. Les raffineries nationales ne produisent que 45 millions de litres d'essence par jour alors que la consommation quotidienne est actuellement de 80 millions de litres. L'Etat doit ainsi acheter au prix fort à l'étranger plus de 30 millions de litres par jour. Ahmadinejad affirme vouloir réduire la consommation de 25 % ( 20 millions de litres par jour ), ce qui, dans l'état du parc automobile iranien, paraît irréalisable. Mais ces restrictions draconiennes ont un effet politique désastreux. Car, malgré sa richesse, l'Iran est rongé par une crise sociale gravissime - tous les prix augmentent et les Iraniens sont économiquement asphyxiés - et le rationnement autoritaire est perçu comme une trahison des promesses du président, qui s'était engagé à mettre « l'argent du pétrole sur la table » des Iraniens. Pour l'heure, la police protège les stations-service. Mais, à court terme, la situation pourrait devenir explosive.

 

Gilles Anquetil
Le Nouvel Observateur



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